Canalisations : la fuite en avant !

En Mars dernier, 60 millions de consommateurs révélait déjà que plus de 20% de notre eau était perdue dans les fuites de canalisations, en raison de la vétusté du réseau. Une étude officielle cette fois-ci, réalisée par l’Onema, confirme ce constat, qui pourrait toutefois être sous-évalué. «Le taux officiel est déjà largement sous-estimé par les collectivités locales. D’après nos observations sur le terrain, aujourd’hui, on perd plutôt en moyenne 40% de l’eau distribuée», confie aux Échos Alain Grizaud, qui représente des entreprises de canalisation. Certaines villes comme Bar-Le-Duc cumulent des pertes de 48%, Nîmes perd 37% de son eau, Tulle en gaspille 36% et Digne les bains bat tout les records avec 57% de déperdition. On sait par ailleurs que les communes de moins de 1 000 habitants sont les plus touchées avec un taux officiel de 30% de fuites, probablement lui aussi sous-estimé.

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Bilan environnemental et économique

Malgré la situation critique, le taux de renouvellement des canalisations continue de baisser, avec une diminution de 2,01% entre 2009 et 2011. Les entreprises de l’eau estiment que pour 2014, la situation empire au vu de la diminution de leur chiffre d’affaires et des baisses de dotations accordées aux collectivités territoriales. Au rythme actuel, il faudrait 160 ans pour renouveler le réseau, alors même qu’une canalisation a une durée de vie de 30 à 80 ans.

En réalité, les gestionnaires publics et privés de l’eau ont souvent considéré que ces fuites n’étaient pas un problème prioritaire : ils nous ont longtemps expliqué que cette eau n’était pas vraiment perdue, puisqu’elle s’infiltrait dans les sols comme le fait l’eau de pluie. Un argument étrange quand ces derniers investissent dans de grandes compagnes de communication autour du développement durable…

Et un raisonnement qui passe sous silence le bilan environnemental de chaque litre d’eau gaspillé. Selon l’Ademe, les services publics d’eau et d’assainissement représentent  20% des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle d’une collectivité. On pourrait donc diminuer de 20% à 40% les pollutions de nos collectivités locales, si le taux de fuite était sous-contrôle ! Une aberration écologique quand on sait que ces collectivités territoriales produisent pas moins de 12% des gaz à émission de serre nationales : ce sont donc 12 millions à 24 millions de tonnes de CO2 relâchées dans l’air qui pourraient être évitées…

Quel bilan économique ?

Par ailleurs, ce gaspillage environnemental cache aussi un gâchis économique. En effet, comme nous l’avions écrit en avril dernier, la dégradation du réseau semble tout à fait rentable pour les gestionnaires d’eau, puisque l’eau gaspillée est répercutée sur la facture du consommateur. « Cela coûte plus cher d’éviter des fuites que de produire de l’eau  » résumait un représentant de la fédération des professionnels de l’eau, sur le site good planet.info.

D’autant plus que la réparation des fuites contraindraient probablement les gestionnaires à baisser le prix de l’eau pour le consommateur. Pour exemple, en s’engageant à rénover son réseau pour diviser par deux son taux de fuites, la ville du Touquet a annoncé une baisse de 11% le prix du mètre cube d’eau pour l’année prochaine. Une démarche qui va à contre-pied de la tendance actuelle dans un contexte où collectivités territoriales subissent une baisse de leur budget pour cause de rigueur budgétaire. En attendant, gestionnaires privés et publics s’accommodent très bien des surfacturations infligées aux consommateurs, alors même que ces surcoûts augmentent au fur et à mesure que le réseau se dégrade. Une stratégie de fuite en avant d’autant plus dommageable, que la baisse de la qualité du réseau pourrait un jour impacter la qualité même de l’eau du robinet…

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