Pesticides : un danger sous-évalué ?

De plus en plus de voix dénoncent le mythe de l’innocuité des pesticides en deçà de certaines doses admissibles. Tout laisse penser que les effets cocktails, même si leurs effets sont très difficiles à mesurer, démultiplieraient la nocivité des pesticides.

Le 5 mai dernier, à Villeneuve, un petit village viticole du Bordelais, 23 écoliers âgés de 8 à 10 ans, ainsi que leur enseignante sont pris de malaises. Un épandage de fongicides vient d’être réalisé sur une des vignes voisines. L’onde de choc, racontée par le Monde, est immense dans cette région ou presque chaque famille travaille de près ou de loin dans le secteur du vin.

pestcides-effet-cocktail

 

Quelques semaines plutôt, l’association Générations Futures avait fait analyser les cheveux d’un échantillon d’enfants vivants dans les campagnes, dont ceux du village de Villeneuve. On y a retrouvé, en moyenne, 21 types de pesticides. Bien sûr, autorités sanitaires et agriculteurs, tentent d’encadrer l’usage des pesticides au nom d’un principe simple : c’est la dose qui fait le poison. Le simple respect des seuils limites dans notre alimentation devrait suffire à protéger le consommateur. Un postulat pourtant battu en brèche par de nombreuses études scientifiques ces dernières années.

Effets cocktails

Dès 2012, une étude toxicologique parue dans la revue PloS One a comparé les effets des pesticides sur les cellules nerveuses lorsque ces produits étaient pris séparément puis lorsqu’ils étaient associés. Résultat : la combinaison de trois fongicides courants, multiplie par vingt à trente les effets dommageables sur le système nerveux ! Des résultats qui donnent de sérieux indices pour comprendre l’augmentation des cas de maladies d’Alzheimer, de Parkinson et sclérose en plaque ces dix dernières années.

En février dernier, une nouvelle étude a achevé de démontrer la réalité de ces effets cocktails. Selon Gilles-Eric Séralini et Robin Mesnage, chercheurs à l’université de Caen, la nocivité de pesticides que l’on trouve dans nos aliments ou notre eau courante est clairement sous-estimée. Car le règlement Reach qui évalue la dangerosité des produits chimiques avant leur mise sur le marché, se base sur l’évaluation des principes actifs sans s’intéresser aux adjuvants. Or sur 9 produits pesticides commercialisés et testés par l’étude, 8 présentent une nocivité plusieurs centaines de fois plus élevés que leur simple principe actif. Certaines combinaisons de pesticides commercialisées, présenteraient une dangerosité jusqu’à 1000 fois plus élevée que prévue, du fait de l’effet cocktail !

Pour François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, ces résultats démontrent « la sous-évaluation des risques réels posés par les pesticides, auxquels les agriculteurs et le reste de la société sont exposés chaque jour ». Et l’association de demander la remise en question du principe de dose journalière admissible, qui évalue la dangerosité des pesticides en fonction de leurs teneurs dans nos aliments et dans l’eau courante.

Mesurer le degré d’exposition

On sait que la toute première cause d’exposition aux pesticides pour les consommateurs reste l’alimentation : 65% des fruits commercialisés en Europe et 39% des légumes contiennent des résidus de pesticides. L’exposition via l’eau courante, doit également être prise en compte : en moyenne un foyer français consomme 10 litres d’eau potable pour son hydratation et la préparation des repas. Or 91% des mesures effectués sur les cours d’eau français révèlent la présence de résidus de pesticides. Avec une préoccupation particulière pour l’atrazine et le carbofuran, deux pesticides interdits mais que l’on retrouve encore à l’état de traces dans l’eau de certaines régions.

Compte-tenu de la longévité et de la variabilité des expositions, les scientifiques peinent encore à identifier les liens de causalités directes entre exposition aux pesticides et pathologies. Mais les soupçons sont forts. Ainsi les femmes enceintes ont elles été identifiées comme un groupe particulièrement vulnérable. Selon une étude de l’université de Rennes, qui a suivi un groupe de femmes enceintes en contact avec des résidus d’atrazine par le biais de l’eau, même à faible dose, ce type d’exposition entraîne des effets secondaires dommageables sur le phoetus. « Cette étude montre clairement que des doses même très faibles d’un herbicide perturbateur endocrinien peuvent avoir des effets dommageables sur le développement du fœtus et donc sur le futur état de santé de l’enfant. Elle est une réponse cinglante aux actuelles tentatives de négations du risque sanitaire posé par les pesticides» estimait l’association Générations Futures.

La plupart des normes sanitaires se basent sur une tolérance de l’organisme pour des résidus à partir du moment où ils ne dépassent pas la Dose Journalière Admissible. Du fait de l’effet cocktail, même à de très faibles teneurs, les effets sanitaires des pesticides pourraient se révéler plus dévastateurs que prévus.

 

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