Algues vertes & nitrates : faut-il laisser faire ?

On n’a pas fini de parler des dégâts liés aux nitrates : si les tapis d’algues vertes en sont la face la plus visible, les dommages sur la faune et la qualité de l’eau occasionnés par l’abus de fertilisants sont tout aussi préoccupants.

L’information n’a probablement pas eu l’écho qu’elle méritait : un gigantesque foyer d’algues vertes tapisse 377 000 km2 de fonds marins dans la mer Baltique. Ces algues liées aux nitrates occupent ainsi, entre la Finlande et la côté sud de la Suède, une superficie équivalente à l’Allemagne. En Chine, à l’Est de Pékin, les algues vertes occupent une superficie de 30 000 km2, soit la superficie de la Bretagne. Un véritable désastre, qui montre à quel point les dégâts occasionnés par les nitrates peuvent devenir incontrôlables. Laissera-t-on la situation se dégrader à ce point de non-retour en France ?

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Un tapis d’algues vertes sur une plage Qingdao située à l’Est de Pékin

L’attaque des algues vertes

Actuellement, la surface occupée par les marées vertes varie entre 1 500 et 4 000 hectares pour la seule Bretagne – un chiffre que les associations environnementales jugent tout à fait sous-estimé par rapport à la réalité. Mais à ce rythme là, les marées vertes risquent bientôt de toucher la totalité des côtes françaises, si l’on en croit une note de synthèse du Commissariat générale au développement durable du début de l’année. Ces phénomènes touchent aujourd’hui le littoral de la Basse-Normandie à la Charente-Maritime, en polluant des plages du Calvados, du Cotentin, le littoral de Loire-Atlantique, de Vendée, la baie de Noirmoutier ainsi que les îles de Ré et d’Oléron. Même la méditerranée est aujourd’hui touchée par des proliférations de micro-algues. Par ailleurs, de nombreux estuaires de fleuves sont également touchés par ces algues vertes, c’est notamment le cas pour les débouchés de la Seine, de la Vilaine, de la Somme, de l’Adour, de la Charente et de la Dordogne.

Quelles conséquences sur l’environnement ?

La première des conséquences reste la dégradation des ressources en eau, tant sur le plan des eaux fluviales que marines. A partir de 1mg/L de nitrates, de nombreux poissons et végétaux peuvent étouffer du fait d’un manque d’oxygène, le phénomène se produisant le plus souvent au printemps. On sait également que ces nitrates affectent négativement le renouvellement des populations de saumons et truites.

En Charentes-Maritimes, la propagation des algues vertes a considérablement impacté les myticulteurs de la baie d’Aiguillon. Ces derniers sont confrontés à une exceptionnelle mortalité des moules depuis quelques mois. Pour le maire de la Flotte en Ré, Léon Gendre, la responsabilité des agriculteurs qui veulent « dépasser les 100 quintaux à l’hectare de production céréalière » en abusant des fertilisants, coule de source.

Par ailleurs, ces teneurs en nitrates, malgré des traitements des stations d’épuration, continuent à se retrouver dans l’eau courante à des teneurs variables. Au moins 200 000 français sont desservis par une eau du robinet dont les teneurs en nitrates sont supérieures au seuil recommandé par l’OMS de 50mg/L. Plus inquiétant encore, pour réduire le taux de nitrates dans l’eau courante, les distributeurs d’eaux mélangent des eaux trop polluées à des eaux préservées, de façon à faire baisser artificiellement la moyenne de résidus de nitrates dans l’eau. Un mixte, particulièrement utilisé en Bretagne, qui a un coût écologique : chaque année on ferme 400 captages d’eaux potables, remplacés par de nouveaux captages, qui seront à leur tour bientôt trop pollués pour être exploités…

10 millions d’européens surexposés

Sur le plan de la santé, les teneurs trop élevées en nitrates sont dangereuses pour les femmes enceintes et les nourrissons. On sait également que l’exposition prolongée à une eau trop riche en nitrates peut engendrer des problèmes de santé à long terme. « Plus de 10 millions d’européens sont exposés à des taux de nitrates dans l’eau potable dépassant les seuils réglementaires, avec un risque de cancer accru s’ils la boivent régulièrement » précise France Nature Environnement.

Récemment, on a également appris dans le Monde que ces tapis végétaux qui dégagent une odeur pestilentielle sur les plages bretonnes, pourraient être à l’origine de plusieurs décès. A en croire Le Monde, la famille de Thierry Morfoisse, décédé d’un infarctus du myocarde dix minutes après avoir déchargé une cargaison d’algues vertes, engage une action en justice avec un dossier bien étayé. En effet, il est aujourd’hui prouvé que les algues vertes dégagent de l’hydrogène sulfuré (H2S), un gaz, qui lorsqu’ il est respiré pendant une minute à une concentration dépassant 2 408 mg/m3, devient mortel. Un autre ramasseur d’algues vertes est subitement tombé dans le coma en 1999, après avoir travaillé sur la plage de Saint-Michel-en-Grève. Un jogger est également décédé sur cette plage en 1989.

Les soupçons de toxicité de ces algues vertes, sont également renforcés par les nombreux cas d’animaux décédés sur les plages bretonnes : on compte ainsi une trentaine de chiens décédés dans la baie Saint-Brieuc. Et trente-six sangliers avaient été retrouvés morts en juillet 2011 au fond de la baie de Morieux (Côtes d’Armor). L’Anses avait estimé que l’hydrogène sulfuré dégagé par les algues vertes comme une cause « hautement probable » de la mort de ces animaux.

Faut-il laisser faire ?

Dans ce contexte peut-on se contenter de laisser proliférer ces algues vertes risquant d’atteindre des niveaux équivalents à ceux constatés en Mer Baltique ou en Mer Jaune ? Si les impératifs économiques – on sait que les exploitations agricoles sont les entreprises les plus touchées par les faillites en 2013 – deviennent intenables en terme environnementaux, il est temps que le gouvernement mette en place un puissant système de bonus malus écologique pour les agriculteurs. D’autant qu’une étude européenne estime que les dommages environnementaux entraînés par les fertilisants azotés, représentent un budget de 150 à 740 euros par citoyen européen et par an. Un coût qui serait deux fois plus importants que les bénéfices liés aux engrais pour les agriculteurs européens. Et que l’on retrouve en bonne partie sur notre facture d’eau : plus la ressource en eau est dégradée, plus les coûts de dépollutions sont importants.

Autant dire qu’une mesure qui permettrait de compenser les pertes engagées par les agriculteurs dont le rendement baisserait suite à une diminution drastique des fertilisants, et qui pénaliserait dans le même temps les agriculteurs abusants de produits azotés, serait très probablement efficace. Au total, la facture de cette politique volontariste, pourrait bien être moins importante que les coûts actuels engendrés sur la pêche, le tourisme, la potabilisation de l’eau ou le ramassage des algues.

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