Eau du robinet : l’abus de dérogations nuit-il à la santé ?

En janvier dernier, les associations 60 millions de consommateurs et France Liberté ont révélé la carte des communes dont l’eau ne respecte pas les critères réglementaires, mais qui continuent à distribuer cette eau comme si de rien n’était. Nous nous sommes plongés dans cette liste qui révèle le profond malaise de la gestion de la ressource en eau en France. Inquiétant pour la santé et l’écosystème.

carte des dérogations pour l'eau du robinet

Ainsi, ce sont aujourd’hui 419 communes (la liste est téléchargeable ici) qui distribuent une eau du robinet dont les teneurs en nitrates, arsenic, atrazine, glyphosate et autres polluants industriels ou agricoles dépassent, parfois de très loin, les seuils autorisés.

Seine-Maritime : un cocktail au ‘Chlortoluron’

Exemple : les habitants de Fontaine-Sous-Preaux, en Seine Marîtime, boiront une eau surchargée en Chlortoluron jusqu’en février 2015 grâce à une dérogation accordée par la préfecture. Même situation jusqu’en 2015 à Rouen, dans les quartiers de Bas de Ville, de la Jatte, Ernemont, Sapins et Saint-Hilaire. Ou dans l’agglomération rouennaise du côté de Malaunay, Le Houlme ou Barentin. Le chlorotoluron est un puissant herbicide toxique pour l’homme.

Maine et Loire : un cocktail au ‘bentazone’

Selon 60 millions de consommateurs et France Liberté, ce système de dérogation a permis à la commune de Beaufort en Vallée, dans le Maine et Loire, de délivrer une eau  dont la teneur en bentazone – un résidu d’herbicide – était trois fois supérieure à la dose journalière acceptable. Et cela pendant 35 jours !

Les autorités locales n’ont même pas jugé utiles de prévenir le consommateur. Ce n’est pas un cas isolé : des dizaines de communes du Calvados, de l’Orne et du Lot distribuent actuellement une eau dont la teneur en bentazone dépasse les normes habituellement autorisées.

Orne et Atrazine

Plus inquiétant encore, on constate dans une trentaine de communes des teneurs en atrazine dans l’eau distribuée qui dépassent largement les seuils autorisés. Or ce pesticide, jugé particulièrement nuisible pour la santé humaine et l’écosystème, est interdit depuis 2004 par l’Union Européenne !

Une étude publiée en 2011, révélait que les femmes ayant des traces d’atrazine ou d’un de ses métabolites dans les urines avaient« 50% de risque supplémentaire d’avoir un enfant ayant un faible poids à la naissance et 70% de risque supplémentaire d’avoir un enfant ayant une faible circonférence crânienne à la naissance » rappelle le site actu-environnement

Dans l’Orne, toute la partie ouest du département est actuellement classée en zone vulnérable, notamment en raison de contaminations à l’atrazine. Or comme le rappelle un site local (Perche-avenir-environnement.com), le syndicat intercommunal a pour projet d’investir 12 millions d’euros dans une station de production pour lutter contre l’atrasine.

L’abus de dérogations

Plutôt que de contrôler les pollutions à la source, en responsabilisant ou en incitant les agriculteurs, on préfère une fois plus investir dans la dépollution, avec l’argent des contribuables. Le principe du pollué payeur, l’emporte donc sur le bon sens, qui commanderait d’investiguer l’origine de ces pollutions liées à un produit interdit depuis maintenant 10 ans…

Des dizaines de communes dans l’Isère, l’Eure et Loire, la Dordogne ou le Lot sont dans la même situation : leur eau est rendue conforme par dérogation malgré des teneurs en atrazine supérieures aux normes sanitaires actuelles.

Le TOP 5 des départements sinistrés

Dans le classement des départements les plus sinistrés par cette pratique des dérogations, la Seine-et-Marne arrive largement en tête, avec plus de trente dérogations en cours, suivie par le Val d’Oise, l’Orne, le Calvados, la Seine-Maritime et l’Essonne.

La diversité des polluants (nitrates, arsenic, fluorures, métalochlore et plusieurs dizaines d’autres molécules…) est d’autant plus préoccupante que l’interaction des pesticides démultiplierait la nocivité de ces produits par 30, si l’on en croit une très sérieuse étude britannique publiée l’année dernière!

Quel impact sur la santé ?

Dès lors, que penser, lorsque les autorités répètent régulièrement que les dépassements de seuls de produits toxiques dans notre eau du robinet, ne mettent pas en danger la population ? Or on sait avec l’exemple de l’atrazine ou d’autres pesticides, que ces produits sont soupçonnés d’être cancérigènes en cas d’exposition longue et répétée de nos organismes.

Dans ce contexte, est-il bien raisonnable d’accorder des délais de 6 ans pour rendre l’eau conforme ? Les distributeurs, qui crient toujours plus fort leur attachement à la transparence, semblent avoir trouvé avec l’abus de dérogations, un moyen simple et discret de transgresser un certains nombres de normes fixées par les autorités sanitaires.

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