Quand les œstrogènes contaminent notre eau

Depuis quelques années, on constate une hausse des résidus d’œstrogènes issus des résidus contraceptifs dans les rivières en Europe et aux Etats-Unis.

Conséquence : ces oestrogènes se retrouvent dans notre eau du robinet car les stations de filtration ne parviennent pas à éliminer ces molécules.

Depuis 2002, on sait le danger que font courir les œstrogènes à l’environnement : ils sont responsables d’une féminisation massive des poissons sauvages (notamment  dans la Seine).

Mais en plus de perturber gravement l’écosystème aquatique, ces molécules agissent directement sur la santé humaine.

Alors que nous sommes de plus en plus exposés à ces pollutions – notamment via l’eau que nous buvons au robinet –  les preuves sur la nocivité des résidus d’œstrogènes s’accumulent.

Elles sont même accablantes :

  • Cancer de la prostate

En 2011, une équipe de chercheurs canadiens a établi un lien entre une exposition prolongée aux œstrogènes via l’eau courante et l’explosion des cancers de la prostate aux Etats-Unis et en Europe.

Pour rappel, le cancer de la prostate, s’il n’est pas le plus meurtrier, est tout de même le cancer le plus fréquent en France : il touche 65 000 personnes / an. *

  • Cancer du sein

Dès 2008, Andreas Kortenkamp et son équipe du service de toxicologie de l’université de Londres, pointent la responsabilité des œstrogènes dans l’augmentation du cancer de sein.

  • En matière de tumeurs aux seins, on a longtemps cru à la prédominance du facteur génétique. Jusqu’au jour où l’on s’est aperçu que des femmes japonaises, immigrées aux Etats-Unis, développaient  des tumeurs, alors même que ce type de cancers était très rare au Japon. Cette étude a confirmé l’importance du facteur environnemental dans l’apparition des tumeurs du sein.

Ainsi, l’exposition aux pollutions – notamment aux œstrogènes- serait responsable de près des deux tiers des cas de cancers du sein. Seulement un tiers des cancers du sein sont  liés aux facteurs génétiques.

  • Problèmes de fertilité

Aujourd’hui, on sait que les hommes produisent deux fois moins de spermatozoïdes que leur grand père au même âge. En Flandre, cette situation est particulièrement inquiétante : 40% des jeunes adultes ont un sperme de mauvaise qualité.

En 2011, l’équipe de Frank Comhaire, Endocrinologue  à l’Hôpital Universitaire de Gand, mesure les teneurs en oestrogènes des rivières.

Bingo ! Dans certaines zones – notamment dans les eaux de surface de l’Escaut-  la consommation d’œstrogènes est si élevée, qu’elle correspond à la concentration d’hormones féminines qu’on trouve chez une jeune femme !

Conclusion : les résidus de contraceptifs affectent bien la fertilité des hommes, notamment via l’eau courante locale, même si d’autres sources de contaminations sont possibles.

Comment filtrer ces résidus contraceptifs ?

En installant des nouvelles technologies de microfiltrations sur l’ensemble des stations de traitement.  Problème : cela coûte cher, très cher !

Dans la revue Nature, Richard Owen et Susan Jobling, professeur à l’université d’Exeter (Royaume-Uni) estiment qu’il faudrait investir « 32 à 37 milliards d’euros dans les stations d’épuration anglaises pour éliminer l’EE2 », la principale molécule d’œstrogène issu des produits contraceptifs.

En France, la facture serait comparable, compte-tenue du manque d’entretien et d’investissement dans les stations hexagonales.

Dans ce contexte, les auteurs appellent à ouvrir un «débat public urgent »  afin d’ « établir les responsabilités sur la prolifération d’oestrogènes, y compris du côté des sociétés pharmaceutiques ».

Doit-on faire payer les laboratoires pharmaceutiques ? Si oui, cela reviendrait-il à surtaxer des moyens contraceptifs, que de nombreuses européennes peinent déjà à financer ? On le voit, ce débat, peut s’avérer explosif !

En attendant, l’Europe doit fixer des teneurs maximales d’œstrogènes en novembre, c’est-à-dire des seuils au-delà duquel l’eau courante sera jugée impropre à la consommation.

Le fera-t-elle en toute indépendance ? Au vue des coûts nécessaires, la santé des européens pourrait bien passer au second plan.

*chiffres 2005.

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