Eau du robinet : 5 failles sur les contrôles sanitaires

1/ Nitrates et pesticides en Seine et Marne : vive les dérogations !

Dans le 94, les taux de nitrates et de pesticides dans l’eau du robinet explosent tous les records. On se souvient du documentaire Du Poison dans l’eau du Robinet, qui avait révélé que dans de nombreuses communes, l’eau du robinet méritait d’être déclarée non-potable.

Mais plutôt que de déclarer cette eau non-conforme, les autorités préfèrent obtenir des dérogations ! Ainsi, le préfet de Seine et Marne a-t-il rendu officiellement potable une eau non-conforme dans 106 communes du département.

  • Première faille : lorsque l’eau ne respecte pas la réglementation, les régies publiques ou privées demandent une dérogation au préfet. Plusieurs dérogations accordées pour une durée de 3 ans sont en cours dans les départements de l’Orne, le Calvados, la Seine et Marne. En attendant d’hypothétiques progrès, on estime que plus de 141 000 personnes consomment une eau du robinet non-conforme en Seine et Marne et que 73 000 personnes boivent une eau déclarée « potable par dérogation » dans les départements de l’Orne et du Calvados. Ces chiffres ne sont pas exhaustifs compte tenu de la difficulté à obtenir un état des lieux précis des dérogations mais ils indiquent que 215 000 usagers sont exposés à des dépassements de normes, liés à des excès de nitrates et pesticides dans leur eau courante.

2/ De l’ammonium à Bordeaux : silence sur les risques !

En août dernier, les réseaux écologistes détectent une importante pollution au perchlorate d’ammonium dans l’eau à Bordeaux. Or ce produit ne figure pas sur la liste des substances qui sont recherchés par les distributeurs d’eau.

Les doses mesurées sont supérieures à 30 µg/l, soit deux fois la dose admissible pour un adulte selon l’OMS. Et plus de sept fois la dose admise pour un enfant en bas âge (4 µg/l) !

Réaction des autorités ? L’ « eau peut être consommée sans risque », estiment à l’unisson la Lyonnaise des Eaux et l’Agence régionale de Santé.

Pas convaincus, les élus d’Europe Ecologie les Verts et de France Nature Environnement, lancent l’alerte en rappelant les dangers d’une exposition prolongée au perchlorate d’ammonium : ces résidus pourraient favoriser l’apparition de maladies de la thyroïde.

  • Seconde faille : Les contrôles réguliers de l’eau potable sont effectués sur 60 paramètres (contre 95 aux USA). Comme les autorités ne recherchaient pas ce produit, on se rend compte aujourd’hui qu’on est peut-être passé à côté de nombreux cas de pollution.

Pour Benoît Hartmann, de France Nature Environnement :

« Ces contrôles surviennent un peu tard, le perchlorate d’ammonium aurait dû être considéré comme toxique depuis longtemps. Jusqu’alors, les autorités n’étaient pas tenues de rechercher des traces de ce produit.

A tel point qu’à Toulouse, une entreprise de distribution d’eau, poursuivie à cause de traces importantes de perchlorate d’ammonium, est parvenue à casser le jugement, arguant que le produit n’était alors pas considéré comme toxique. »

Pour les polluants chimiques, agricoles ou médicamenteux, le délai de détection peut être particulièrement long s’ils ne font pas partie des 60 critères régulièrement contrôlés. Conséquence : les usagers sont informés tardivement en cas de problèmes de qualité de l’eau.

Il serait donc temps d’élargir la liste des résidus polluants à analyser régulièrement dans notre eau du robinet.

3/ Des nitrates à Berck : pas d’études épidémiologiques 

A Berck, c’est au cours d’un contrôle réalisé par l’Institut Pasteur sur demande de l’Agence régionale de Santé, que l’on a découvert une forte contamination de l’eau par des nitrates.

Résultat : l’eau du robinet affiche une teneur en nitrates de 57 mg/l. Soit une concentration largement supérieure à la norme de 50 mg/l éditée par l’OMS pour les adultes. Et presque 6 fois supérieure à la dose journalière admissible pour des femmes enceintes ou des nourrissons (10 mg/l selon l’OMS).

Rien d’étonnant à cela : l’eau flirte avec une concentration de 50 mg/l depuis des années. Les habitants du département du Pas-de-Calais sont exposés à de fortes doses de nitrates depuis les années 90.

Or on sait qu’en cas d’exposition à une teneur supérieure à 50 mg/l pour les adultes, les nitrates peuvent causer des cancers de l’estomac. Pour les enfants en bas âge, les nitrites entravent l’oxygénation de l’organisme, en cas d’ingestion d’une eau dont la teneur en nitrates est supérieure à 10 mg/l.

  • Troisième  faille : malgré la durée et l’importance de l’exposition des habitants dans le quart nord-ouest, l’Institut national de veille sanitaire juge inutile d’instaurer une surveillance épidémiologique.

Or c’est en croisant le niveau de concentrations de nitrates dans l’eau du robinet avec celui du nombre de cancer que des chercheurs Canadiens ont mis en évidence un lien entre nitrates et risque de cancers de l’appareil digestif, au-delà d’une durée d’exposition de 35 ans.

4/ Du tétrachloréthylène à Foix : y a-t-il eu laxisme ?

En décembre 2010, les autorités détectent une pollution de 3,6 microgrammes de tétra-chloréthylène dans l’eau. Aux Etats-Unis, où la norme fixe une tolérance 0 pour ce polluant, une enquête aurait été lancée. En France, aucune alerte n’est lancée car la teneur de ce polluant est inférieure à la norme.

A l’occasion d’un nouveau contrôle effectué six mois plus tard, on découvre une explosion des concentrations tétrachloréthylène dans l’eau de la ville de Foix. Une quantité 12 fois supérieure à la limite de qualité.

« A cette concentration, le risque n’est pas celui d’un cancer à long terme, mais un risque à plus court terme de maladie » nous explique Bruno Ducluzaux, l’auteur du blog eau-wordpress.com qui analyse minutieusement les défaillances de la politique de l’eau en Rhône Alpes.

« Pendant une durée indéterminée, mais que l’on peut estimer à 6 mois, la santé de 8 000 usagers a donc été menacée » affirme le blogueur.

  • Quatrième  faille : si une investigation et des mesures régulières avaient été menées dès le mois de décembre – un test coûte 20 euros – on aurait évité d’exposer 8 000 usagers pendant 6 mois. Plutôt que d’attendre un dépassement de norme, les autorités de contrôles devraient lancer des investigations dès qu’elles observent une hausse significative de la concentration d’un produit polluant.

5/ Haute Garonne : quel « risque acceptable » ?

En Haute-Garonne, 15 000 personnes ont été privées d’eau du robinet, après une contamination bactérienne susceptible de déclencher une épidémie de gastro-entérites.

  • Cinquième faille : devant l’inertie du syndicat des eaux de Champanney, la préfecture a dû prendre les choses en main et protéger les consommateurs en déconseillant la consommation d’eau du robinet.

Ce cas montre le laxisme dont peuvent faire preuve certains réseaux de distribution. Aujourd’hui, l’eau du robinet est directement responsable de 10% des cas de gastro-entérites en France si l’on en croit les études citées par l’Institut de veille sanitaire.

On pourrait multiplier les exemples de ces petites ou grandes défaillances rapportées par la presse régionale, qui relativisent la portée des « cocoricos » lancés sur le thème du « produit le plus contrôlé de France. »

Certes, on ne tombe plus subitement malade parce qu’on a un bu un verre d’eau du robinet. Les progrès réalisés au XXème siècle ont permis d’éradiquer de cruelles maladies hydriques comme le choléra, les typhoïdes ou les hépatites A.

Mais les distributeurs ont tardé à prendre en compte les exigences du XXIème siècle pour tenir compte des effets à long terme induits par l’ingestion des micro-polluants.

Il est donc temps que distributeurs et autorités sanitaires travaillent ensemble pour améliorer l’information délivrée aux consommateurs sur l’eau du robinet, plutôt que de concentrer leur communication sur les facteurs qu’ils contrôlent le mieux.

Il s’agit donc d’élargir le spectre de détection des micro-polluants contenus dans notre eau.

Faute de quoi, les consommateurs seront en droit de leur demander les raisons de ces petits et grands silences…

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5 réflexions au sujet de « Eau du robinet : 5 failles sur les contrôles sanitaires »

  1. BEOTHY

    j’ai souffert à 2 reprises de paralysie des pieds, durant des périodes où j’ai bu de l’eau du robinet non filtrée…
    alors merci pour cet article !

    Répondre
  2. Ping : Eau du robinet : 5 failles sur les contrôles sanitaires | Chronique des Droits de l'Homme | Scoop.it

  3. ecoloviry

    http://monvirynature.blogspot.com/
    Chers amis internautes,

    Mon professeur de maths au lycée nous mettait souvent en garde contre l’usage des moyennes en nous racontant l’histoire de l’homme qui s’était noyé dans un lac de 15 cm de profondeur moyenne…

    Espérons que les professeurs de demain ne puissent pas raconter dans le futur l’histoire du bébé atteint de méthémoglobine pour avoir bu l’eau de Paris, dont la teneur moyenne en nitrates était pourtant très inférieure à la norme… La méthémoglobine, vous savez, c’est ce qu’on désigne couramment par l’expression « syndrome du bébé bleu ». C’est aussi l’une des maladies graves liées à l’eau et recensées officiellement par l’OMS comme le montre ce lien : http://www.who.int/water_sanitation_health/diseases/methaemoglob/fr/index.html

    Eau de Paris tient aux Parisiens un discours rassurant sur la qualité de l’eau de leur robinet, écrivant même, dans son guide « boire l’eau de Paris », qu’autant pour les : « Femmes enceintes [que pour les] nourrissons, il est recommandé de boire l’eau de Paris ». A l’appui de cette communication proactive un tableau comparatif des teneurs comparées en minéraux de l’eau de Paris et des eaux minérales les plus prestigieuses, indiquant en particulier un taux de nitrates de 29 mg/l, sensiblement inférieur à la norme de 50 mg/l.

    Source : boire l’eau de Paris, Eau de Paris

    Ce qu’Eau de Paris dit beaucoup moins fort, c’est que ce taux varie sensiblement selon les quartiers de Paris, et peut flirter dans certains cas avec la norme, norme considérée par beaucoup de pédiatres comme trop élevée pour les très jeunes enfants…
    http://www.doctissimo.fr/html/nutrition/dossiers/eau/articles/13195-eau-biberon.htm

    Cette réalité est d’ailleurs clairement exposée dans le témoignage sur doctissimo d’une internaute parisienne qui, visiblement inquiète, a mesuré à plusieurs reprises à son robinet des taux voisins ou supérieurs à 40mg/l.

    Le témoignage de cette femme confirme les chiffres, certes publiés sur le site d’Eau de Paris, mais plus discrètement, concernant certaines zones de Paris. On y constate ainsi des « moyennes » variant de 37 à 40mg/l, avec des maximas jusqu’à 46mg/l.

    C’est ce qu’on retrouve également dans le graphique que j’ai publié le 26 septembre dernier. Il démontre clairement que la concentration en nitrates sur les sources du Provinois, (qui alimentent Paris en eau), n’a jamais été inférieure à la norme depuis 1979…

    Tout à sa volonté de promouvoir les vertus gustatives et écologiques de l’eau du robinet, Eau de Paris ne ferait-il donc pas fi un peu rapidement du principe de précaution ?

    Intrigué et scandalisé, et malgré le droit de réserve auquel je suis tenu, j’ai décidé d’aller plus loin… et ces inquiétudes et témoignages ont été légitimés par les mesures que j’ai dernièrement faites moi-même sur de nombreuses fontaines de Paris situées dans des quartiers différents, et qui montrent clairement des concentrations très différentes (cf photos à venir) !

    Conclusion : boire de l’eau à la moyenne n’est sans doute pas dangereux, mais c’est une eau que personne ne boit ! De même que personne ne se baignait dans les 15 cm de profondeur moyenne.

    Alors, dangereux ou pas ? Comme je l’avais souligné dans mon post d’il y a quelques jours, le doute existe pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Eau de Paris doit une information précise aux habitants des quartiers concernés.

    Tout ceci, me direz-vous, est certes inquiétant, mais pourquoi s’intéresser à cette question sur mon blog dédié à l’écologie essonnienne ?
    Castelvirois, ne vous réjouissez-pas trop vite ! Car c’est justement cette eau en provenance du Provinois que vous pourriez avoir à votre robinet dans quelques mois, si j’en crois les annonces du Président de notre agglomération (cf mon post du 22 avril dernier) Gabriel Amard…

    J’ose espérer que la qualité de l’eau que nous pourrions boire dans le futur sera étudiée par nos édiles aussi attentivement que celle que buvons actuellement, et publiée par la Régie avec la même transparence…

    La clé est verte…

    Répondre

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